La vue des Balkans

Jenny

Jenny de Nijs est une parfaite polyglotte: elle parle six langues, qu'elle maîtrise avec une aisance à faire pâlir plus d'un diplomate chevronné. Avant de décrocher un emploi, elle aimerait vivre une autre expérience, si possible hors d'Europe. Son vœu se réalise lorsqu'une organisation non gouvernementale américaine lui donne l'occasion de séjourner quatre mois au Rwanda. Ce premier périple l'encourage à renouveler l'expérience: ayant découvert – en surfant sur Internet – l'existence du service volontaire de coopération, qui soutient des jeunes gens désireux de s'engager pour une durée limitée dans un projet de coopération au développement, elle entre en contact avec le Service National de la Jeunesse. Une opportunité se présente par le biais de l'organisation Caritas, qui propose de l'envoyer quatre mois au Kosovo.

Jenny plie ses bagages et part fin avril dans les Balkans. Elle est chargée d'élaborer par écrit des stratégies dans le cadre de projets soutenus par l'Etat luxembourgeois, lesquels portent sur le rapport hommes/femmes dans la société et sur la consolidation de la paix. Son bureau se situe à Ferizaj, à une heure environ au sud de Pristina. Elle y découvre un monde bien différent de ce qu'elle connaît, d'autant qu'elle est la seule étrangère sur le terrain. « J'ai beaucoup appris sur place. Ce n'était pas facile de travailler avec les gens locaux », se souvient-elle.

Une situation complexe

Au départ, Jenny loge dans un appartement à Ferizaj, mais par la suite, elle s'installe à Pristina, une ville plus vivante, d'où elle prend chaque jour le bus. Caritas lui demande de prolonger son séjour afin de poursuivre son travail. Cela lui permet de développer la norme de certification ISO, que l'ONG reçoit le dernier jour de sa présence au Kosovo – un cadeau de départ en quelque sorte! Elle aurait même pu rester au Kosovo mais le travail qu'on lui propose à la fin de son service volontaire lui semble trop administratif.

« Pour moi, travailler dans un pays en développement était une expérience nouvelle », explique Jenny. « A l'étranger, le Kosovo évoque surtout la guerre et la pauvreté mais je me demandais de quelle façon les gens vivent sur place. » Elle a ainsi pu s'imprégner du contexte politique et observer comment fonctionnent les organisations locales ou internationales travaillant sur le terrain. « Plus on y passe du temps, plus on comprend les préoccupations de la population, qui s'affichent à plusieurs niveaux », déclare-t-elle. « On comprend alors pourquoi la situation n'est pas si simple. Je suis partie au Kosovo avec une certaine idée, qui a évolué au beau milieu de mon séjour et qui a encore changé au moment où j'ai quitté ce pays. »

Jenny a aussi engrangé de l'expérience en matière d'aide au développement: « J'ai vu le temps que cela prend jusqu'à ce que l'argent provenant du Luxembourg est utilisé sur place. Mais j'ai vu aussi que cela aide vraiment. » A son retour, elle estime qu'elle a mieux compris la réalité au Kosovo: ayant entendu les versions des diverses parties en conflit, elle s'est forgée sa propre opinion.